Identity correction: comment se porte votre identité?

Par Edith Brunette
Article publié dans la revue Inter Art Actuel, nº 117
Printemps 2014
EXTRAIT

«Même la façon dont Mike Bonano – l’un [des] représentants [des Yes Men] les plus connus – se réfère au personnage mythologique du trickster pour ancrer la pratique du groupe dans une tradition quasi universelle, nous ramène plus qu’elle ne nous éloigne du rôle de l’artiste:

“[The tricksters] were usually not very powerful creatures (…), but they would use a combination of clever skills, tricks—often ‘mimiquery’, shape shifting, identity changing—in order to, in some way hold the mirror up to—I’d like to see it as holding the mirror up to culture…”

Nous en revenons ainsi à la question de l’identité. La reconnaissance du statut d’artiste, pour celui ou celle qui tente d’intégrer le milieu universitaire, le marché de l’art ou le système des subventions et des centres d’artistes (plus généralement, les trois à la fois), est souvent comprise comme tributaire de l’obéissance à un certain nombre de rituels et à certaines qualités de discours. Il est intéressant, dans ces circonstances, de se rappeler que le personnage de l’artiste – avec ou sans statut – est aussi celui qui, historiquement, permet d’échapper aux exigences de constance et de reconnaissance qui accompagnent toute identité. L’artiste demeure ainsi l’une des rares figures qui puisse se prévaloir d’une sorte de sauf-conduit social lui permettant de commettre des actions outrancières, hors des habituelles normes morales, voire légales. D’un point de vue politique, c’est-à-dire simplement du point de vue de ses interactions avec le monde, cette mobilité peut devenir pour l’artiste une arme terrible. Une arme à double tranchant que les Yes Men – mais l’on pourrait aussi mentionner Voïna – ont brandie avec succès et revers.»