Contre-monument à 100 millions de brins d’herbes identiques

[Not a valid template]

« Il est vrai que l’herbe ne produit ni fleurs, ni porte-avions, ni Sermons sur la montagne. Mais en fin de compte c’est toujours l’herbe qui a le dernier mot. En fin de compte tout retourne à l’état de Chine. »
− Henry Miller

Lors de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de pénurie, les Etats-Unis et l’Angleterre, mais aussi l’Australie, l’Allemagne et le Canada, initièrent de vastes campagnes dans le but d’encourager la culture de chaque bout de terrain disponible. Les citoyens se mirent à labourer, en familles ou en groupes, des dizaines de milliers de jardins privés, de cours d’écoles, de terrains de jeux et de parcs municipaux, transformés en Victory Gardens. Ceux-ci fourniront jusqu’à la moitié des ressources alimentaires des pays en guerre.
Avec la fin des combats, cette histoire fut pratiquement oubliée. Les Victory Gardens furent remblayés, recouverts de la pelouse des maisons de banlieue et des terrains de football. Aujourd’hui, la guerre ressurgit autrement, menée par ceux et celles qui revendiquent la diversité des cultures (au sens premier du terme), mais aussi la diversité des modes d’actions, de travail, de pensée, et mettent en pratique le partage des savoirs, la préservation d’un patrimoine commun soustrait à l’entreprise privée, et l’action collective. D’autres manières de parler, aujourd’hui, de communisme.
Quelques soixante-dix ans plus tard, le gouvernement canadien conservateur annonçait le financement du gigantesque Monument aux victimes du communisme, qui sera érigé juste à côté de la Cour Suprême du pays, à Ottawa. En réponse à cette annonce, le collectif Les Entrepreneurs du commun lançait une invitation aux artistes à réfléchir à un contre-monument, un Monument aux victimes de la liberté. Ce projet vise à questionner l’usage étroit du terme « communisme » promu par le gouvernement Conservateur, mais aussi la notion même de monument commémoratif et ses formes.
Ce dont les régimes capitalistes ont accusé les régimes dits communistes − en réalité, les régimes totalitaires −, se rejoue dans le Monument annoncé aux victimes du communisme. Dans les parois uniformément ciselées de ses murs de béton, mais aussi dans le vert parfait des pelouses qui les entourent, ce monument (et combien d’autres) martèle les valeurs d’ordre, d’immuabilité et de croissance perpétuelle qui, à l’Ouest, sont synonymes de liberté et, à l’Est, de totalitarisme. Dans ce monument comme ailleurs, la liberté du capitalisme est celle de produire, à l’infini, des brins d’herbes parfaitement identiques, et dont la splendeur n’a d’égal que leur extrême vulnérabilité.
S’inspirant de l’histoire vite enterrée des Victory Gardens, Contre-monument à 100 millions de brins d’herbes identiques n’est pas un monument à des victimes, mais une ode à une liberté effective, non mobilisée, plurielle et rhizomatique. Un contre-monument végétal, capable d’esquisser d’autres modèles de relations et d’économie que ceux, capitalistes, que nous laisserait la mise à mort du commun. Aux 100 millions d’empreintes symbolisant les « victimes du communisme » du Monument à venir, et auxquels feront écho 100 millions de brins d’herbe irréprochables, je propose d’opposer 1000 semences sauvages, idiosyncratiques et libres.
Appel à contributions
Je collecte présentement des semences auprès d’organisations et d’individus qui, à travers le monde, luttent contre la « liberté d’entreprise » comme modèle unique d’organisation sociale : groupes luttant pour la préservation et le partage de semences, la défense des droits des paysans ou la lutte contre les OGM; initiateurs de projets de permaculture, de jardins communautaires et de ruelles vertes; adeptes du « green bombing », du glanage urbain ou des jardins squattés, etc.
Les personnes intéressées ou curieuses sont priées de me contacter à info@edithbrunette.net
Merci!

Au sujet des Entrepreneurs du commun
Article de Marie-Ève Charron pour Le Devoir
Présentation Les Entrepreneurs du commun
Page Facebook