Edith Brunette : Quand les politiques croisent les pratiques
Entrevue réalisée par Josianne Poirier et publiée dans le numéro 110 (2015) de la revue Espace : art actuel. L’entretien faisait suite à ma résidence de recherche au centre DARE-DARE (printemps 2014), qui portait sur les croisements entre politiques culturelles et pratiques artistiques dans l’espace public.

Extrait :
J.P. : Quels sont les enjeux associés au glissement de la notion d’art public vers celle d’expérience, que tu observes notamment dans les discours portant sur le Quartier des spectacles?
E.B. : Le terme expérience renvoie à une épreuve vécue de manière immédiate. L’expérience abolit la distance, ce qui en soi peut apporter beaucoup, mais implique aussi une absence du recul nécessaire à la réflexion, à la critique. Remplacer l’art par l’expérience, cela sous-entend qu’il s’agit moins d’imprimer l’esprit que de stimuler les sens.
L’expérience n’est pas mauvaise en soi, au contraire : expérimenter, c’est sortir de ses habitudes pour se lancer dans l’épreuve de l’inconnu. Le problème survient lorsqu’on examine le type d’expériences proposées. Tout comme les politiques culturelles actuelles façonnent une culture parfaitement ordonnée et consensuelle, les objectifs de programmation du Partenariat du Quartier des spectacles (qui est d’ailleurs un des projets chouchou du plan Montréal Métropole culturelle) tendent à proposer des expériences dirigées et uniformisées, capables de « répondre aux attentes du public » plutôt que de le déranger. L’expérience est donnée, mise en scène, sans place pour l’imprévu, le dérapage, le risque. C’est une expérience sans épreuve.
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